2021 – 2026
Au début de l’année 2021, je venais de terminer mes études en communication, mes années d’alternance, et j’avais l’immense envie d’assouvir mes idées créatives. Je me demandais comment et quel chemin emprunter, bien qu’ayant toujours évolué dans des environnements professionnels scientifiques j’avais l’habitude de cultiver un jardin artistique en secret. Il fallait qu’émerge à la surface toute la part d’ombre rayonnante que je m’étais évertuée à constituer.
Pendant l’année 2022, j’ai réalisé ma première présentation d’oeuvres dans une foire d’art parisienne. Puis j’ai enchaîné avec des commissions d’illustration pour un media en ligne. Des événements artistiques ponctuels se sont succédés, et j’y ai fait la rencontre de plusieurs artistes, designers et amoureux d’art. Ces échanges m’ont nourrie, et également amenée à me questionner. J’ai commencé à réaliser qu’il y avait dans ma démarche un souci de réussir à produire ce que je pensais mériterait d’être vu, l’accueil possible de ce que je montrerais influençait mon processus dès sa genèse. Je peignais, pour l’appréciation et la compréhension des autres.
En 2023 j’ai exposé des toiles dans une galerie du 6e. C’était l’accomplissement de cette démarche que j’avais enclenchée deux ans plus tôt. J’avais peint des choses qui méritaient d’être vues, mais quelque part, je ne savais pas exactement dans quel sens continuer à faire progresser cette démarche.
Quand l’ambition se limite à ce qu’on attend des autres, le but est difficilement évolutif. Cette exposition, bien qu’avantageuse et valorisante, ne m’a menée à aucune vente, chose que j’avais plus l’habitude de réaliser lors de pop-up show, avec des petits formats. J’ai commencé à apprivoiser les issues potentielles de la voie où je m’étais engagée, ses apparences et ses revers, la lumière et son ombre creuse. L’ombre, qui était autrefois un point de départ et un endroit riche et vital, d’intense activité intérieure, se transformait en un vestige abyssal et désincarné d’heures passées à essayer de proposer aux autres ce que me semblait être ce que j’avais à dire.
Un vestige abyssal.
La production des oeuvres que j’ai soumise à cette galerie s’était faite dans la douleur, j’ai hésité à déchirer trois toiles à plusieurs reprises avant qu’elles soient accrochées, et, pour la première fois, cette sensation de peindre depuis une prison s’est fait ressentir.
En 2024, j’ai voulu migrer vers de nouvelles choses, donc je me suis remise plus intentionnellement à l’écriture et j’ai participé à des scènes ouvertes de poésie. J’essayais encore de négocier avec mon habitude viscérale de peindre et j’ai donc performé avec une vaste fresque de satin peinte à l’acrylique accrochée derrière moi sur scène :
Everybody loved it.
Pour poursuivre et continuer à désamorcer mon processus, j’ai persévérer dans la production, des choses nouvelles, avec l’envie de retrouver une voix et j’ai commencé à proposer des animations d’ateliers créatifs en 2025. Le geste de partage simple de ce qui m’est le plus naturel à faire s’est révélé être une clé possible d’instruction de ce à quoi pourrait ressembler un épanouissement créatif organique et évident.
À ce stade, je me mets à comprendre que donner un espace pour être à ma part créative ne nécessite peut être pas de justification permanente de sa raison d’être, et peut être que pour laisser s’accomplir sa raison d’être, il me faut simplement agir naturellement sur sa mise en oeuvre et en contempler les étapes sans vouloir violemment en forcer la trajectoire d’arrivée.